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Résumés des Séminaires du CRLAO (Recherches actuelles en typologie linguistique)


Alain Peyraube (Directeur de recherche émérite CNRS),  Syntactico-semantic change in Chinese: Processes of analogy, reanalysis, external borrowing
Mercredi 15 janvier 2014

This paper will discuss some of the most hotly debated topics over the past few years on syntactico-semantic change in a functional-cognitive perspective and propose a new model of grammatical change in Chinese by providing more solidly-based definitions of such notions as ‘grammaticalization’, ‘lexicalization’, ‘degrammaticalization’, ‘exaptation’, and ‘reanalysis’, as well as ‘analogy’ with respect to internal processes of change, but also for external ones, specifically, borrowing through language contact.
It will be proposed that this new model is constituted by just two internal mechanisms: reanalysis and analogy. Consequently, it will be argued that grammaticalization – which has been by far the focus of most of the studies on historical grammar in recent decades – is secondary. The processes of grammaticalization and exaptation will thus be viewed as sub-classes of reanalysis, while degrammaticalization/lexicalization will be more aptly viewed as a sub-class of analogy.
The main motivations (if not genuine explanations) for grammatical change will also be discussed, i.e. semantic-pragmatic change (including metaphorical extension, pragmatic inferencing or metonymization and (inter-)subjectification), structural requirements, typological tension, as well as others, such as phonological change.
Concerning the third – and external - mechanism of change, examples will be provided to account for how Northwestern Sinitic languages such as Tangwang, Linxia, Wutun or Gan’gou have borrowed many morpho-syntactic structures from Altaic languages with which they have been in contact for several centuries.

Guillaume Jacques (Chargé de recherché au CNRS),  Relativization in Japhug Rgyalrong
Mercredi 22 janvier 2014

Japhug, like all Rgyalrong languages (Tibeto-Burman), has a rich array of relativization constructions.
Based on both natural oral texts and elicited material, this presentation will describe all attested types of relatives in Japhug, including head-internal and prenominal relatives, as well as nominalized and non-nominalized ones. It provides a case by case account of the possible constructions for all syntactic roles including various types of adjuncts, and explains the semantic differences between each construction.

Keywords: relativization, internally-headed relative, resumptive pronoun, nominalization, templatic morphology.

Marion Carel (Directrice d’Etudes à l’EHESS),  Argumentation et temporalité : l’exemple de quand»
Mercredi 12 février 2014

Il est habituel de reconnaître dans la conjonction quand une marque sémantique de temporalité :
(1)
   quand Pierre entra, une porte claqua
(2)
   quand Pierre fut entré, il posa son sac
(3)
   quand il faisait beau, Pierre sortait en forêt

Dans (1), la signification de quand serait responsable de ce que les deux événements apparaissent simultanés ; dans (2), elle signalerait l’antécédence de l’entrée de Pierre ; dans (3), elle marquerait la simultanéïté des événements et par là préparerait l’interprétation causale sans l’imposer. On se propose, sur des exemples tirés du premier des Trois Contes de Flaubert, Un cœur simple, de discuter l’inscription de ces éléments de sens dans la signification même de quand. On défendra l’idée que ces indications temporelles constituent des effets interprétatifs, découlant d’une organisation argumentative plus abstraite.

Hans-Jörg Döhla (SeDyL-CNRS/ Université de Zürich),  Differential Object Marking in Romance and Beyond: between internal and contact-induced grammaticalization
Mercredi 19 février 2014

Quite a considerable number of the world’s languages exhibit differential object marking (DOM), where direct objects are overtly marked or left unmarked according to their inherent properties, i.e. their degree of animacy, and/or their referential, i.e. their topical and focal, status. The talk will be divided into three parts. In the first part, a general introduction to the subject will be provided by presenting an overview of the most important findings concerning DOM. In the second part, examples from a range of languages will illustrate the afore-mentioned theoretical considerations. Special attention will be paid to the so-called ‘squishy zone’ (term coined by Bossong 1985) where object marking is optional and establishing a rule for the overt marking seems quite impossible. In the final part, I will present an outline of my post-doc project entitled ‘DOM in situations of language contact between Romance and non-Romance languages’ and then focus on the example of PapiaKristang (Portuguese creole), Hokkien Chinese and MelayuPasar in Malacca, Malaysia.


Song Na (CRLAO-INALCO),
La particule finale [ɳi] en tant que marqueur d’aspect imperfectif dans le dialecte de Baoding (sinitique)
Mercredi 26 février 2014

Baoding (保定) se situe dans la province du Hebei (河北), à 140 kilomètres au sud de Pékin (北京). La langue parlée est le dialecte de Baoding, qui appartient au sous-groupe du Mandarin appelé jìlŭ (冀鲁官话 mandarin du ‘Hebei-Shandong’ selon l’Atlas linguistique de la Chine, cartes B2 et B3 (1987)). Le mandarin jilu est un dialecte mandarin parlé essentiellement dans le centre, le sud-est et certaines régions du nord-est du Hebei (jì 冀), dans l’ouest du Shandong (lŭ 鲁). Il est aussi parlé dans quelques zones peu étendues de l’est du Shanxi.
Le dialecte de Baoding présente des caractéristiques différentes du chinois standard, notamment le système aspectuel. Nous essayons de montrer la valeur d’aspect imperfectif de la particule finale呢 [
ɳi] à travers la distribution avec les différents types de prédicats dans le dialecte de Baoding.
En ce qui concerne l’aspect imperfectif, le chinois standard utilise l’adverbe zài 在 pour exprimer une action qui est en train de se dérouler, appelé le progressif. Cependant, dans le dialecte de Baoding, en absence de l’adverbe zài 在, ceci est exprimé par la particule finale 呢 [
ɳi].
Cette particule finale 呢 [
ɳi] ne se trouve pas à la fin des phrases interrogatives. Elle peut coexister avec les particules finales interrogatives comme 唉 [ɛ], donc 呢 [ɳi] entre dans un paradigme différent. Elle entre dans le même paradigme que 唻 (了2).
呢 [
ɳi] exprime le progressif en se combinant avec les prédicats d’activité comme 淘米 [thou22 mi214] ‘laver-riz’, «laver le riz». A part le progressif, 呢 [ɳi] a aussi une valeur non-progressive en se combinant avec les prédicats du type 上家 [ʂaŋ51tɕia45], «être à la maison». Quant aux prédicats de posture et de placement, la situation est relativement compliquée. 呢 [ɳi] n’est pas compatible avec les prédicats de posture, mais seulement avec les prédicats de placement, pour exprimer le progressif. Lorsqu'il est suivi par le suffixe 着 [tʂə], 呢 [ɳi] peut se combiner avec les prédicats de posture et de placement exprimant le duratif. 呢 [ɳi], enfin, n’est pas compatible avec les prédicats ponctuels comme 洒 [ʂa214] «renverser» et les composés verbaux de structure ‘procès+résultat’ comme 解开 [tɕiɛ214khai] délacer-détacher «délacer».

Mariarosaria Gianninoto (Université Stendhal – Grenoble 3),  « Le défi de la description des langues chinoises: ordre des mots et particules grammaticales dans les grammaires du 17ème, 18ème et 19ème siècles »
Mercredi 5 mars 2014

Les premières descriptions des langues chinoises dans les langues occidentales remontent au 17ème siècle et se retrouvent dans des grammaires rédigées à des fins didactiques par les missionnaires occidentaux établis en Asie. Au cours du 19ème siècle, la fondation de la sinologie académique française puis allemande apportera une contribution majeure aux études linguistiques qui se traduit notamment par la compilation d’importantes grammaires de référence.

Le développement des études grammaticales sur les langues chinoises a constitué une innovation importante de la sinologie européenne, missionnaire et universitaire. Il s’agit peut-être de l’innovation la plus importante dans les études sur les langues chinoises, car les descriptions systématiques de la langue étaient peu représentées dans la tradition native. Ces grammaires constituent un nouveau modèle théorique d’analyse et de description de la langue.
Les premières descriptions des langues chinoises sont caractérisées par l’adaptation de catégories occidentales et sont donc considérablement influencées par le modèle gréco-latin. Cependant, au cours du 18ème et du 19ème siècle, une attention croissante est portée aux spécificités des diverses langues, ce qui conduit à l’introduction de catégories natives ainsi qu’à l’élaboration de nouvelles catégories et de nouvelles théories pour rendre compte de ces spécificités. Les études grammaticales du 19ème sont donc marquées par un amalgame d’éléments occidentaux et chinois.
Parmi les éléments récurrents dans les descriptions des langues chinoises, on peut citer l’importance reconnue à l’ordre des mots et aux particules grammaticales. Le caractère central de ces deux aspects semble répondre aux difficultés posées par des langues typologiquement différentes du latin. Le rôle joué par l’ordre des mots et par les particules dans l’expression des relations grammaticales a été décrit par différents sinologues et missionnaires occidentaux dans leurs grammaires et manuels comme un trait spécifique des langues chinoises.
Ces deux aspects sont analysés par Martini et Varo dans leurs grammaires, puis largement débattus dans les échanges épistolaires entre Humboldt et Abel-Rémusat sur le chinois. L’ordre des mots devient central dans les grammaires de Marshman et Julien ; cet élément est repris mais relativisé par Perny et figure également dans les ouvrages de Edkins et de Wade. Prémare, Julien et Perny sont parmi les auteurs qui accordent le plus d’importance au rôle joué par les particules grammaticales qu’ils présentent dans des glossaires et des monographies.
Cette intervention se propose d’examiner la question de l’ordre des mots et de la description des particules grammaticales dans les grammaires occidentales des langues chinoises et de retracer l’évolution de ces topoï dans les descriptions des langues chinoises du 17ème au 19ème siècle.

 

Dmitry Idiatov (LLACAN-CNRS), A typology of non-selective interrogative pronominals: formal and functional differentiation and issues in diachrony
Mercredi 12 mars 2014

In this talk, I present a typology of non-selective interrogative pronominals, that is, forms such as English who?andwhat? For purposes of crosslinguistic comparison, I define the non-selective interrogative pronominalsWHO?andWHAT?as idealizations resulting out of the interaction between several parameters (viz. entity type, type of reference, and expected answer) within a single conceptual space. Thus, WHO? is an interrogative pronominal asking for the identification of a person and expecting a proper name as an answer. WHAT? is an interrogative pronominal asking for the classification of a thing and expecting a common noun as an answer.

I discuss the crosslinguistic diversity in the domain of the non-selective interrogative pronominals as regards:
(i) the universality of their formal differentiation
(ii) the patterns of their functional differentiation in languages where they are distinguished formally. I pay particular attention to the use of WHO?in questions about the identification of things that expect a proper name as an answer and the use of non-selective interrogative pronominals in questions about non-human animates.
The talk will highlight the role of diachronic explanations in typology. Finally, with respect to diachrony, I will address some of the common assumptions on the issue of the diachronic stability of non-selective interrogative pronominals.

 

Cécile B. Vigouroux (Simon Fraser University / Collegium de Lyon),  Vitalité langagière: ce que les situations africaines nous apprennent
Mercredi 19 mars 2014

La question de la vitalité langagière, c’est-à-dire le maintien, la diffusion ou au contraire la disparition des langues, occupe un certain nombre d’acteurs/actrices socia-ux/les ou institutionnel-le-s. Les questions relatives à la vie et à la mort des langues ont connu un intérêt croissant depuis les débuts des années 1990 au moment où les linguistes se sont intéressé-e-s aux conséquences de la globalisation moderne sur le destin des langues. Aux discours alarmistes et simplificateurs de la première décennie sur la disparition des langues et l’uniformisation du monde (avec l’anglais désigné comme le principal coupable) ont succédé des positions plus nuancées grâce aux analyses ethnographiques fines de terrain. Celles-ci permettent de mettre en valeur la complexité des facteurs à prendre en compte pour expliquer le maintien ou non d’une langue.

L’Afrique du Sud nous servira de terrain de choix pour mettre en valeur l’imbrication de ces différentes dimensions, notamment à partir de l’examen de populations migrantes anciennes et plus récentes. Nous reviendrons ainsi sur la pertinence des facteurs couramment avancés dans la littérature linguistique pour soutenir la vitalité d’une langue comme : 1) la masse critique des locuteurs  (plus une population est nombreuse, plus une langue a des chances de survie) ; 2) le type de réseau auxquels participent les locuteurs/trices ; 3) le prestige de la langue (les locuteurs/trices seront plus enclin-e-s à abandonner une langue minorée) ; 4) la loyauté linguistiques des locuteurs/trices.
Soutenant la position de Mufwene (2001 & 2008) selon laquelle les changements linguistiques sont le résultat de l’accumulation de choix individuels opérés dans des actes communicatifs spécifiques, nous montrerons dans quelle mesure une réflexion sur la vitalité langagière ne peut faire l’économie de la démarche ethnographique.

 

Anton Antonov (CRLAO-INALCO),  Verbal Allocutivity in a crosslinguistic perspective
Mercredi 19 mars 2014

Allocutivity is a term coined to describe a phenomenon in Basque whereby, under certain pragmatic (and syntactic) circumstances, an addressee who is not an argument of the verb is systematically encoded in all declarative main clause conjugated verb forms. Although the term is applied exclusively to Basque,
similar phenomena are found in other languages as well. Indeed, despite certain differences in the degree of grammaticalization and usage, allocutive verb forms are attested in at least Pumé (isolate; Venezuela), Nambikwara (isolate; Brazil), Mandan (Siouan; North America) and Beja (Cushitic; NE Africa).
The aim of this presentation is to propose a typology of verbal allocutivity in a crosslinguistic perspective,
taking into consideration the locus of encoding, the manner in which it is encoded, the information concerning the addressee which is encoded and the syntactic environments in which it can appear.

 

Anton Antonov (INALCO-CRLAO) and Alexandru Mardale (INALCO-SéDyL), From perlative to DOM marker: the curious case of Romanian pe
Mercredi 2 avril 2014

This paper discusses the grammaticalization of the Romanian P(reposition) pe into a DOM marker (Drăganu 1943).
Pe has two main types of uses: a lexical one, as a spatial, viz. temporal, P which has also developed various other more abstract but still lexical meanings, and a grammatical one, as a DOM marker. Both are attested in the first texts of the 16th century, the second one appears to be in its first stages of grammaticalization. A spatial P evolving into a DOM marker is cross-linguistically a common phenomenon. Still, this particular grammaticalization raises several questions.
First, pe continues, through a metathesis (i.e., pre, the most frequent form in Old Romanian (OR)), Latin per (Ciorănescu 2005, a.o.). However, Latin per was initially used as a kind of perlative marker, i.e., it expressed motion of the Trajector ACROSS or ABOUT the Landmark, whereas Romanian pre has the meaning ON a Landmark already in the earliest texts. While the originally spatial use of per in Latin extended to denoting temporal duration and its secondary uses include expression of INSTRUMENT (and also the AGENT in the passive), CAUSE and APPEAL, it never indicated location ON a Landmark (Brucale and Mocciaro 2011). This is also true of its reflexes in all other Romance languages.
Second, DOM markers in other Romance languages have developed similarly from a spatial P, a reflex of ¬ad, whose basic meaning of location NEXT TO developed into a direction marker with human landmarks (Luraghi 2011:215). Then, due to the low frequency of use of the morphological dative (Smith 2011:278-9), progressively grammaticalized into an analytical dative case marker well attested in Vulgar Latin but present already in the earliest texts (Väänänen 1981:113). The increasing number of verbs whose construction required a dative argument (often animate and human) is believed to have contributed to the reanalysis of the construction as an accusative marker used with referential human NPs. This ultimately converted it into a DOM marker in several Romance languages (Sornicola 2011: 36 ff). This pathway is straightforward since the grammaticalization of a P indicating direction into a dative marker is cross-linguistically well-attested, and subsequent extension of dative marking to semantically accusative (referential human) arguments is conceptually unproblematic. The second question to be answered then is why Romanian did not follow this pathway. What is particularly interesting is that p(r)e didn’t go through a similar dative stage.

Finally, pe grammaticalized into a DOM marker only in Daco-Romanian, whereas no authentic DOM (i.e., not influenced by schooling) has been reported for the other Balkan Romance (BR) varieties in close contact with Slavic languages (Friedman 2008, Hill 2013). This is all the more surprising since, in some of these Slavic varieties, P indicating location ON is used as a dative, genitive, and DOM marker (Adamou 2009).


Bee Chin NG (Université Technologique de Nanyang à Singapour / DE associé à l’EHESS), Borrowed, lost and readapted – the life cycle of Malay loanwords in Hokkien

Mercredi 9 avril 2014

This paper traces the life cycle of Malay loanwords in Singapore, a linguistically heterogeneous community. The study focuses on the adoption of Malay loanwords in Hokkien and Teochew and tracks the typology and semantic fields of the words borrowed. It also examines the motivations behind the adoption and the eventual loss of some of these loanwords. A survey was conducted with 60 Hokkien and 60 Teochew speakers from four different age groups ranging from 20-80 years to track the use and disuse of a list of 100 Malay loanwords. The aim is to examine how deeply entrenched these Malay borrowings are in these two Chinese languages.
The findings indicate a direct correlation between age and disuse of Malay loanwords with the younger generation retaining no more than 30-50% of the words tested. At its most advanced stage of assimilation, the Malay loanword completely dislodged the Hokkien and Teochew native words for the same item in the speaker’s lexicon. The pattern of usage of these loanwords is indicative of the dynamic and evolving nature of bilingualism in present day Singapore. The loss of the loanwords is explained in terms of the ethnolinguistic vitality of the Hokkien and Teochew speech communities and the rising influence of English and Mandarin Chinese which not only provided a more available source of lexical influences, they also left permanent imprints on the variety of Hokkien and Teochew spoken by younger Singaporeans.
In addition, we will make observations about the fluidity of the lexicon in a pluralistic language contact situation and propose a functional explanation which is based on competing relevance of languages in the lives of multilingual speakers. The extensive incorporation of Malay loanwords in various semantic and cultural fields suggests a close Hokkien-Malay and Teochew-Malay interaction, though the extent and nature of this interaction remains largely undocumented. The findings in this study highlight the relevance of language contact research in reconstructing social and historical connections in society.


LÜ Shanshan (CRLAO-EHESS), Basic Locative Constructions in Caijia – A Descriptive and Typological Perspective
Mercredi 16 avril 2014

Résumé/abstract


GUO Yufei (PLIDAM-INALCO), Politique linguistique de la Chine : le débat autour du cantonais au début du 21ème siècle
Mercredi 7 mai 2014

Ma présentation vise à étudier la situation et la politique linguistique chinoise concernant ses dialectes, en prenant appui sur le cas du cantonais et avec une éventuelle mise en perspective avec d’autres pays du monde. La période étudiée est celle des années 1950 à aujourd’hui.
A l’été 2010, un mouvement d’opinion sur « la défense du cantonais » a eu lieu à Guangzhou et à Hong Kong, provoquant de nombreuses retombées médiatiques et des effets différés sur les plans académique et politique en Chine. Les manifestants y proclamaient la « défense du cantonais » contre la tendance dite hégémonique du mandarin dans les médias audiovisuels. Cette affaire a révélé un sujet longtemps mis à l’écart dans l’aménagement linguistique de la Chine – celui des « dialectes ». Lorsque la campagne de la promotion du mandarin fut lancée en 1955, peu d’attention a été accordée en effet aux conditions d’existence des autres langues du groupe Han, désormais définies comme « dialectes ». Avec l’évolution des situations linguistiques du pays et des consciences publiques d’aujourd’hui, une remise en question sur la politique linguistique actuelle de la Chine est à l’ordre du jour.
Le débat autour du cantonais pourrait nous servir de cas d’étude, à partir duquel nous nous interrogeons : quelle est la situation linguistique actuelle dans la ville de Guangzhou ? Quelles sont les regards des habitants locaux, des chercheurs et des politiques sur la situation actuelle et future du cantonais ? Faut-il penser à une mise à jour de la politique linguistique chinoise ?
Dans cette communication, je ferai une présentation sur les quatre points principaux suivants, présentés ci-dessous dans l’ordre :
1. l’évolution de la situation et de la politique linguistique chinoises à partir des années 1950 ;
2. les particularités du cantonais au niveau sociopolitique et linguistique;
3. le contexte et le déroulement de l’affaire du cantonais 2010, avant de procéder à une présentation des problématiques de la recherche en cours;
4. une première analyse sur la situation linguistique actuelle à Guangzhou et sur les représentations linguistiques des citoyens, basée sur mon enquête de terrain effectuée pendant l’année 2013.


Géraldine Walther (DDL&LLF), Identification de la complexité structurale de systèmes morphologiques par l’évaluation quantitative de descriptions morphologiques concurrentes
Mercredi 14 mai 2014

En typologie linguistique, il existe un certain nombre de méthodes traditionnelles pour évaluer ce que l’on appelle la complexité linguistique. Mais, outre la définition extrêmement variable de ce terme, ces méthodes présentent toutes un certain nombre de défauts qui rendent peu fiables les résultats que l’on croit atteindre.
Les méthodes les plus anciennes à base de comptages de traits (nombre de préfixes, de suffixes, de syllabes, de variantes dans l’ordre des mots…) comme celle utilisée encore récemment par McWhorter (2001) souffrent irrémédiablement de l’arbitraire dans la sélection des traits en question. Par ailleurs, une telle méthode ne permet pas de pondérer la contribution d’un certain trait par rapport à un autre dans le calcul d’une complexité globale de la langue. D’autres méthodes, plus récentes, s’appuient sur des concepts issus de la théorie de l’information et d’interprédictibilité entre paradigmes (Ackerman et al., 2009; Bonami et al., 2011).
Dans mes travaux, j’utilise une mesure de compacité pour évaluer la distribution de la complexité au sein d’un système linguistique donné. L’idée sous-jacente est que la description d’un système capture d’autant mieux sa complexité interne qu’elle distribue efficacement l’information sur ses différentes composantes. L’efficacité de la distribution de l’information peut quant à elle se mesurer par la compacité de la description produite.
La mesure de compacité que j’utilise repose ainsi sur le concept de longueur de description minimale (Minimal Description Length ou MDL (Rissanen, 1984)) empruntée à la théorie de l’information. Développée en collaboration avec Benoît Sagot (Walther & Sagot, 2011), elle permet d’évaluer l’économie descriptive d’une description donnée et de la comparer quantitativement à des descriptions concurrentes. Cette mesure permet ainsi de montrer quantitativement qu’entre deux descriptions concurrentes implémentées, il est possible de choisir quantitativement celle qui mènera à la description la plus compacte, c’est-à-dire la moins coûteuse en termes de longueur de description.
Les études que je présenterai porteront ainsi sur la comparaison des systèmes flexionnels verbaux du latin, du français, du maltais et du khaling (kiranti). Je montrerai en particulier qu’entre deux analyses du premier binyan du maltais, l’une faisant plus appel à des règles morphologiques et l’autre reposant sur une approche plus morphonologique, la description morphonologique permet d’obtenir une description globale d’environ 12% plus compacte que la description purement morphologique.
Je présenterai ensuite l’évaluation de quatre descriptions concurrentes du système verbal du français écrit (implémentées pour 7 800 verbes, c’est-à-dire 370 000 formes fléchies), qui mettent chacune en jeu à des degrés divers une distribution variable des irrégularités flexionnelles entre lexique et règles grammaticales, notamment par un nombre plus ou moins grand de classes flexionnelles ou une allomorphie radicale plus ou moins importante. En particulier, la mesure d’économie descriptive mettra en évidence qu’une analyse à une seule classe flexionnelle et douze radicaux comme celle de Bonami & Boyé (2003) est d’environ 61% plus économique qu’une analyse multipliant les classes flexionnelles à la manière du Bescherelle (Arrivé, 1997). Mais elle se révèle être moins économique qu’une nouvelle analyse concurrente, comportant un nombre intermédiaire de classes flexionnelles et faisant ainsi usage d’une meilleure distribution des irrégularités flexionnelles entre le lexique et la grammaire. Cette dernière est d’environ 73% plus compacte que l’analyse à classes flexionnelles multiples.
La mesure a permettra également de montrer, pour deux descriptions concurrentes du système verbal latin (env. 2 300 verbes, 260 000 formes), qu’une différence de segmentation, qui à première vue semble changer considérablement le profil de l’analyse, ne se répercute en fin de compte que de façon négligeable dans l’économie descriptive quantifiable de ces analyses.
Le travail sur le khaling montrera enfin que la mesure de compacité permet d’évaluer quantitativement la pertinence d’une description morphologique de cette langue reposant sur la distinction de traits direct/inverse (Silverstein, 1976; Zúñiga, 2006) : une telle description permet en effet d’obtenir une description de 12% plus économique du système verbal khaling et met ainsi en évidence une structuration du système morphologique autour de ces traits, les identifiant comme une clef pour comprendre la complexité du système verbal de cette langue.
 

Alex François (LACITO–CNRS/A.N.U), The morphology of object marking in Hiw (Vanuatu): A reanalysis in progress
Mercredi 21 mai 2014

Hiw, an Oceanic language of Vanuatu, follows an SVO order, and shows Differential Object Marking (DOM): a human object will be introduced by a morpheme /i/, contrasting with zero for non-human objects (ex. Hapet yëar̄ i Sipo ‘Hapet is seeking Sipo’). But the status of this marker /i/ is morphologically ambiguous: is it a preposition, a case marker syntactically linked to the object NP? or is it a suffix on the verb? a clitic? Different tests yield different conclusions. The situation is made more complex by the variation observed among verbs; and even, for a given verb, variation among speakers. In this presentation, I will show that the complex morphology of Hiw object marking reflects a process of reanalysis currently going on in the language: a former verbal suffix /-i/, while still functioning as a suffix for about 20 verbs, is being reanalysed, especially by younger generations, as a preposition.

Le marquage de l’objet en hiw (Vanuatu): Une réanalyse en cours
Le hiw, langue océanienne du Vanuatu, présente un ordre SVO, ainsi qu’un Marquage Différentiel de l’Objet (MDO) : un objet [+humain] y sera introduit par un morphème /i/, contrastant avec zéro pour les autres types d’objets (ex. Hapet yëar̄ i Sipo ‘Hapet cherche Sipo’). Mais le statut de cette marque /i/ est morpho­logiquement ambigu : s’agit-il d’une préposition, une marque de cas portée par le SN objet? ou bien d’un suffixe sur le verbe ? d’un clitique ? Différents tests donnent des conclusions différentes. À cela s’ajoute un certain degré de variation entre verbes, et aussi, pour un même verbe, une variation entre locuteurs. Dans cet exposé, je montrerai que la situation complexe du hiw s’explique en partie par un processus de réanalyse en cours : un ancien suffixe verbal, tout en fonctionnant encore comme un suffixe pour une vingtaine de verbes, se trouve actuellement en cours de réanalyse, notamment auprès des plus jeunes générations, qui le traitent désormais comme une préposition.


NGAI Sing Sing (CRLAO–EHESS), Giving is receiving: The polysemy and multi-functionality of the GET/GIVE verb [tie53] 得 in the Shaowu dialect (Min-Gan, Sinitic)

Mercredi 28 mai 2014

This talk looks at the polysemous, multifunctional Shaowu verb [tie53] which means ‘to get’ in a mono-transitive construction, and which is relexified to mean ‘to give’ in a ditransitive construction through the process of semantically-coerced syntactic change. The morpheme then grammaticalises along a bifurcated pathway to become a possibility modal suffix, a verb complement marker, as well as dative, benefactive, causative and passive markers, among other uses. This polyfunctionality may in part be due to language-internal change, but may also be attributed to contact-induced grammaticalisation. Historical documents will be examined to pinpoint these diachronic changes, while languages from other dialect groups and language families will be considered for the likelihood of areal diffusion of certain constructions and functions of the Shaowu GET/GIVE verb.


Amélie MANENTE (Université Paris-Descartes), Les séries verbales du vietnamien

Mercredi 4 juin 2014

Dans cette présentation, nous nous intéresserons aux séries verbales du vietnamien, langue dans laquelle on peut observer très fréquemment et régulièrement des suites de verbaux non reliés entre eux par des connecteurs – comme on l’observe dans beaucoup de langues isolantes, notamment en Asie du Sud-Est. Ces suites de verbaux, prises dans le sens le plus large, ne correspondent pas à une structure unique mais, au contraire, présentent des cas bien distincts. Nous exposerons ici les critères servant à identifier ces différentes structures en vietnamien, entre composés lexicaux, cas de grammaticalisation, syntagmes paratactiques, et lexicalisation.
Nous mettrons l’accent sur l’aspect dynamique de ces séries dans lesquelles le changement est appréciable, faisant état de l’évolution des différentes structures en synchronie, et des grandes tendances à la lexicalisation et à la grammaticalisation en diachronie. Le terme de construction verbale en série (CVS) sera restreint aux cas les plus ambigus, où il est difficile voire impossible de déterminer le lien entre V1 et V2, en raison notamment du caractère paratactique de ces suites verbales. La CVS se trouverait donc dans une zone ambiguë, entre le syntagme et le composé lexical.
 

Thomas PELLARD (CRLAO-CNRS) et Masahiro YAMADA (University of Kyoto), Morphologie verbale du dunan (Yonaguni, Japon)

Mercredi 11 juin 2014

Le japonais et les autres langues de la famille japonique ont en général une morphologie verbale relativement simple et transparente, avec peu d’allomorphie et un nombre très restreint de classes de conjugaison. Le cas du dunan, une langue ryukyu parlée sur l’île de Yonaguni, est de ce point de vue remarquable, puisque sa morphologie verbale est bien plus complexe que celle de n’importe laquelle de ses parentes. Cette complexité est due à trois facteurs, l’allomorphie radicale, l’allomorphie suffixale, et la métatonie, qui divisent de manière indépendante les verbes en un nombre important de classes de conjugaison.
Le système verbal du dunan, à la différence de celui des autres langues japoniques, pose des problèmes pour les approches constructives s’appuyant sur des unités abstraites plus petites que le mot et enjoint à reconsidérer les approches fondées sur les mots et les paradigmes.
 

Gérard LENCLUD et Jean-Marie HOMBERT, L’origine et la diffusion du langage : anciennes questions et nouvelles réponses

Mercredi 18 juin 2014

L’origine et la diffusion du langage humain est une préoccupation ancienne avec des réponses très différentes selon les époques considérées. Le nombre de travaux sur l’origine du langage à beaucoup progressé en particulier pendant les quatre dernières décennies. Les réponses aux nombreuses questions concernant l’origine du langage, le passage de la vocalisation aux formes linguistiques du langage humain, les évolutions entre le passage des 100.000 dernières années (origine des Homo sapiens) et les derniers 10.000 ans (limite maximum de la reconstruction des langues) sont maintenant abordées par différentes disciplines (préhistoire, génétique des populations, cognition, reconstruction linguistique) et nous souhaitons montrer que cette «reconstruction» ne pourra se faire qu’en comparant les résultats de ces différentes disciplines et aboutira à une construction du langage produite par une évolution linguistique différente dans des secteurs géographiques distincts.
Notre presentation partira de la période actuelle (avec environ 7000 langues) et remontera dans le temps pour examiner les étapes de la transformation du langage, des effets culturels et des évolutions biologiques de notre espèce.
Une partie importante de ces travaux proviennent de l’ouvrage «Comment le langage est venu à l’homme» (Fayard, 2014).

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Xiao Lin (CRLAO), lauréate 2020 du Prix Jean-Charles Perrot de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres

Prix et distinctions -Le Prix Jean-Charles Perrot 2020 de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, qui récompense de jeunes linguistes titulaires d’un doctorat en linguistique ou qualifiés par un ensemble de publications de haut niveau dans cette discipline, a été attribué à Xiao Lin, postdoc au Centre de recherches linguistiques sur l'Asie orientale (EHESS-CNRS-INALCO), pour son ouvrage Le chinois et l'iconicité de la syntaxe. L'iconicité de la séquence temporelle : du texte à l'Aktio(...)

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33e Journées de linguistique sur l’Asie orientale - 33rd Paris Meeting on East Asian Linguistics

Journée(s) d'étude - Jeudi 25 juin 2020 - 08:00Manifestation scientifique internationale, les Journées de linguistique sur l'Asie orientale sont organisées chaque année depuis 33 ans par le CRLAO. L'édition 2020 des Journées se tiendra du 25 au 26 juin 2020 à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco), 65 rue des Grands Moulins, 75013 Paris.Les communications présentées au cours de ces journées touchent tous les domaines de la recherche linguistique sur les langues(...)

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XXXIIe Journées de Linguistique Asie orientale - 32nd Paris Meeting on East Asian Linguistics

Journée(s) d'étude - Jeudi 27 juin 2019 - 09:00Manifestation scientifique internationale, les Journées de Linguistique Asie orientale sont organisées chaque année depuis 32 ans par le CRLAO. L'édition 2019 des Journées se tiendra du 27 au 29 juin 2019 à l’INALCO, 65 rue des Grands Moulins, 75013 Paris.Les communications présentées au cours de ces journées touchent tous les domaines de la recherche linguistique sur les langues d’Asie Orientale.Entrée libre dans la limite des places disponible(...)

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Diversité des langues et savoir traditionnel en Chine

Projection-débat - Jeudi 21 mars 2019 - 12:30Troisième séance - Diversité des langues et savoir traditionnel en ChineJeudi 21 mars 2019, 12h30Avec Guillaume Jacques, Centre de recherches linguistiques sur l’Asie orientale (CRLAO)On compte en Chine plusieurs centaines de langues à tradition orale, qui forment un patrimoine très menacé et insuffisamment documenté. Ces langues sont dépositaires d'un savoir traditionnel concernant l'usage local des plantes sauvages, de l'agriculture et de l'arch(...)

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XXXIe Journées de Linguistique Asie orientale - 31st Paris Meeting on East Asian Linguistics

Journée(s) d'étude - Jeudi 28 juin 2018 - 09:15Manifestation scientifique internationale organisée chaque année par le CRLAO, l'édition 2018 des Journées se tiendra les 28 et 29 juin 2018 à l’INALCO, 65 rue des Grands Moulins, 75013 Paris.Les communications présentées au cours de ces journées touchent tous les domaines de la recherche linguistique sur les langues d’Asie Orientale.Comité d'organisation / Organization CommitteeJiyoung Choi (CRLAO, INALCO), Christine Lamarre (CRLAO, INALCO), Yo(...)

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75006 Paris
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