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Opération de recherche "le chinois archaique et son contexte est-asiatique"

CRLAO, 2006-2009

Coordination :

Laurent Sagart

Page de Laurent Sagart

Membres :

Présentation de l'opération

L'opération relie les recherches des membres du CRLAO sur la linguistique historique des langues d'Asie orientale (phonologie, grammaire, lexique, épigraphie) à trois niveaux imbriqués: chinois archaïque, sino-tibétain et contexte est-asiatique, qui en constituent les trois axes. Une réunion mensuelle réunit les membres de l'opération (responsables : Jacques, Chirkova).

1. Chinois archaïque

Le "nouveau son" du chinois archaïque est représenté en phonologie par les systèmes de reconstruction à six voyelles: systèmes de Zhengzhang, Starostin, Baxter. Ces systèmes rapprochent le chinois des autres langues sino-tibétaines. En morphologie également le système de Sagart rapproche le chinois des autres langues sino-tibétaines. En aval du sino-tibétain, Baxter et Sagart ont engagé un programme visant à faire converger leurs systèmes vers un système commun (système 'B-S') intégrant phonologie et morphologie et incluant diverses améliorations sur le plan phonologique. Ils sont en contact par une vidéoconférence hebdomadaire et construisent  une base de données de reconstructions pour les caractères chinois. Ces travaux sont menés en liaison avec des collègues chinois, notamment le prof. Pan Wuyun 潘悟云de Shanghai.

En parallèle Peyraube, d'une part, et Chappell, d'autre part, progressent dans la compréhension de la genèse et du développement du système grammatical du chinois archaïque et des langues sinitiques en général sur la base des connaissances typologiques sur les langues de l’aire linguistique de l’Asie orientale actuelle. La reconstruction (morpho-)syntaxique est un domaine de recherche jeune et qui doit être pris en considération d'une façon beaucoup plus sérieuse qu’auparavant pour progresser de façon substantielle sur concerne un modèle éventuel de la proto-syntaxe sino-tibétaine.

L'épigraphie chinoise des Shang et des Zhou occidentaux (Djamouri) peut permettre de tester certaines propositions sur la syntaxe sino-tibétaine par son évolution vers le chinois archaïque, la langue sino-tibétaine la plus ancienne connue. En même temps de nouvelles données épigraphiques plus récentes apparaissent (textes exhumés à Guodian) qui font apparaître des faits nouveaux (Baxter) qui nous renseignent sur la prononciation et la morphologie aux époques Qin et Han, plus récentes.

2. Sino-tibétain

Les progrès en reconstruction du chinois sont par ailleurs contraints par l'amont sino-tibétain. Comment relier les étymons ST aux étymons chinois ? quel était le système phonologique du PST ? quels étymons sont reconstructibles au plus haut niveau ? la grammaire du proto-ST ressemblait-elle plus au chinois archaique ou aux autres langues ? quels sont les grands sous-groupes de la famille, et par quelles innovations sont-ils caractérisés ? existe-t-il une branche tibéto-birmane (non chinoise) ? sinon, de quelles langues ST le chinois est-il le plus proche ? l'ordre des mots était-il SOV ou SVO ? la morphologie était-elle préfixale ou suffixale ? les verbes portaient-ils des marques pronominales ? où le berceau de la famille était-il situé, et à quelle époque la langue ancestrale était-elle parlée ? que pouvons-nous dire de la culture matérielle de ses locuteurs ?

Ces questions se posent avec acuité au moment où le centre de gravité des études ST se déplace vers l'Europe et où les principes cladistiques gagnent en autorité dans la résolution des problèmes phylogénétiques. Afin d'y répondre, il est nécessaire de progresser dans la compréhension du sino-tibétain. Les systèmes existants (Matisoff, voir compte-rendu de Sagart 2006 dans Diachronica) sont soit insuffisants méthodologiquement, soit (Gong Hwang-cherng) utilisent une reconstruction dépassée du chinois. Un premier pas consiste à contribuer à une meilleure connaissance des langues ST, en particulier celles parlées sur le territoire de la RPC, peu étudiées par les tibéto-birmanistes car leur accès requiert au préalable la connaissance du chinois. Les travaux descriptifs et historiques de Jacques sur le gyarong1 et le tangoute et de Chirkova sur le baima et le shixing sont à cet égard exemplaires. Ces quatre langues en danger de l'ouest chinois sont réputées appartenir au groupe qianguique : l'étude des langues qianguiques est donc un axe important de l'opération. Le but final de ces travaux, outre une étude diachronique, est de produire des trilogies grammaires+textes+dictionnaires qui pourront servir aux typologues.

Au-delà des études sur des langues individuelles se pose la question du comparatisme. Jacques et Chirkova développent un important travail de constitutions de bases de données lexicales comparatives : Jacques travaille à une base de données lexicale comparative du sino-tibétain dont le noyau, constitué à ce jour, relie les mots chinois, tibétains et gyarong. La spécificité de ce travail est que les mots sont reliés sur la base de l'identité des racines, isolées aux termes d'une analyse morphologique explicite (détaillée pour le gyarong par lui-même dans sa thèse). A plus court terme Jacques et Chirkova collaborent à mettre en base de données le vocabulaire des langues qianguiques qu'ils étudient. Chirkova, quant à elle, dirige le projet Trans-Himalayan database development: China and the subcontinent (Royal Netherlands Academy of Arts and Sciences, Chinese Academy of Social Sciences). Ce projet vise à mettre sur pied une base de données lexicale des langues himalayennes. Sagart quant à lui collabore avec Xu Shixuan (Académie des Sciences Sociales de Chine) à la reconstruction du proto-tujia, langue sino-tibétaine du centre de la Chine, d'affiliation incertaine.

3. Contexte est-asiatique

Plus largement, la position du sino-tibétain par rapport aux autres familles de langues est-asiatiques (austroasiatique, austronésien, hmong-mien, tai-kadai). Cette question, d'abord linguistique, est étudiée par Sagart qui propose une parenté du sino-tibétain et de l'austronésien. Il travaille également à une nouvelle classification des langues formosanes, qui forment la cime de l'arbre généalogique austronésien. Dans cette nouvelle classification, fondée sur les innovations dans le système numéral, les langues Tai-Kadai, jusqu'ici considérées comme une famille indépendante, forment un sous-groupe de l'austronésien, plus proche du malayo-polynésien et de certaines langues du sud-est de Taiwan que des langues de la côte ouest de l'île. La position des deux autres familles de langues de l'Asie orientale, le hmong-mien et l'austroasiatique, est incertaine : Sagart collabore avec M. Ratliff (Wayne State University à Detroit) à un projet informel visant à établir une liste de cognats potentiels entre l'austronésien et le hmong-mien.

4. Collaborations externes

L'histoire des langues et des populations d'Asie orientale est aussi en discussion à un niveau interdisciplinaire, dimension que les membres de l'opération ont intégrée en organisant ou co-organisant des colloques sur le sujet (Périgueux 2001; Genève 2004; Uppsala 2006). L'archéologie, d'une part, est mise à contribution avec la théorie de Renfrew-Bellwood qui associe la domestication des céréales et les expansions de population qui en découlent à l'origine de grandes familles de langues. Dans quelle mesure la domestication des céréales asiatiques : riz et millet (Setaria italica) a-t-elle pesé sur la formation des familles de langues d'Asie orientale ? les liens établis avec des archéologues tels que P. Bellwood, T. Lu, Ch. Higham, C-H. Tsang et R. Blench aident les membres de l'opération à formuler des explications historiques intégrant les aspects linguistiques et archéologiques.

Par ailleurs, même si l'on peut s'attendre à une convergence des classifications génétiques et linguistiques, la génétique des populations permet de contraindre les solutions possibles.  Les liens étroits établis par L. Sagart et G. Jacques avec Alicia Sanchez-Mazas et Estella 'Sim' Poloni, généticiennes de l'Université de Genève dans le cadre du groupe Langues et gènes en Asie orientale du programme OHLL, et avec d'autres généticiens (P. Underhill) enrichissent la problématique de l'opération.

Enfin l'introduction en linguistique de méthodes phylogénétiques développées par les biologistes, en particulier l'approche fondée sur les statistiques bayesiennes mise en oeuvre par R. Gray (Auckland) ouvre la possibilité de résoudre la phylogénie des familles de langues avant même de procéder à la reconstruction phonologique (même si l'établissement de correspondances phonétiques reste un prérequis) et fournit des indications précieuses au linguiste. L. Sagart collabore à l'amélioration des codages de cognats dans la base de données austronésienne développée par R. Gray et S. Greenhill à Auckland.

Notes

1 Voir par exemple les textes gyarong archivés par Jacques sur http://lacito.vjf.cnrs.fr/archivage/search.php
EHESS
CNRS
inalco
federation typologie
labex

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