日本語言語学専門用語 -  和仏辞典
Dictionnaire terminologique de linguistique japonaise   -   dictionnaire japonais francais


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Le japonais parmi les familles morphologiques de langues

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Les langues sont classées selon le mode (supposé) dominant de formation des mots dans chacune d'entre elles. On distingue majoritairement trois familles, isolante (孤立語), agglutinante (膠着語) ou flexionnelle (屈折語). Si la distinction reste encore fréquemment citée, les frontières tendent à s'estomper. Nous montrons ici que le japonais,  traditionnellement classé dans la première catégorie, emprunte aux trois à la fois.

Les langues isolantes 孤立語・コリツゴ
La plus petite unité de sens n'est pas décomposable morphologiquement, et n'est pas affectée par son environnement. C'est le cas du vietnamien ou du chinois. Les mots sino-japonais sont pour partie construits sur un modèle isolant:


シャ イン タチ
entreprise membre PLURIEL
Les employés

- chaque élément peut être considéré comme un triplet figé: écriture/sens/prononciation
- la prononciation et la graphie sont invariants quel que soit le contexte
- l'idée que tous les termes sont de statut identique distinguerait une langue isolante d'une langue agglutinante: les morphèmes sont de même statut, et en particulier ne peuvent apparaître séparément.

Les langues agglutinantes 膠着語・コウ チャクゴ
(aussi 付着語・フチャクゴ; obsolète: 粘着語・ネンチャクゴ・デンチャ クゴ, 漆着語・シッチャクゴ,  接続語・セツゾクゴ (polysémique))
Cette famille comprendrait le japonais, mais aussi le coréen, le turc ou encore le swahili. On retient deux caractéristiques:
- Chaque unité à une seule valeur sémantique unique.
- Le sens de ces unités est non compositionnel (qui ne peut être dérivé par une opération sémantique du sens de ses composants).
- Les unités se distinguent syntaxiquement en deux sous-groupe: les radicaux capables d'apparaître seuls, et les affixes, non autonomes.
Les phénomènes purement agglutinant existent pour les morphèmes sino-japonais:
日本
radical affixe affixe
Japon personne pluriel
Les japonais
日本 se distingue par sa capacité à apparaître seul, au contraire des deux autres morphèmes.
Pour illustrer les propriétés agglutinantes du japonais, on cite aussi régulièrement comme exemple les conjugaisons (il faut préciser "à l'écrit"):
会い くな かった
radical affixe affixe affixe
rencontrer 
désidératif 
négatif 
parfait
je ne voulais pas le rencontrer
Mais le cas de la conjugaison pose plutôt problème puisque la forme du radical et des affixes est susceptible d'altérations en fonction de ce qui suit et/ou de ce qui précède, ce qui rapproche alors d'une flexion. De plus l'autonomie du radical est très limitée (seule les formes en -i et -u sont autonomes, les formes en -a et - ne le sont pas).
Chaque morphème a bien une unique valeur sémantique (en comparaison avec la flexion).

Les langues flexionnelles 屈折語・クッ セツゴ
(Est aussi récemment apparu la notion de fusion: langues fusionnelles
obsolète: 曲折語・キョクセツゴ)
Il s'agit d'une langue agglutinante mais dont on peut difficilement marquer la frontière entre radical et affixe. Par exemple, cette frontière est raisonnablement marquée dans les deux formes "étais" "étions" de la copule en français, où on reconnait un radical "ét" et deux affixes "ais" "ions" avec un sens propre. Si l'on s'en tient à ces deux exemples, on pourrait parler de phénomène d'agglutination. La seule réserve est que le morphème écrit "ét" n'est pas autonome. Par contre /e(t)/ est autonome ("il est cool", "il est intelligent").
Prenons cette fois-ci "sommes". La forme du radical est intimement liée à celle de l'affixe et les frontières sont difficiles à établir: faut-il considérer comme radical "s" ou "so" ou "som" ?
Dans certains cas, le japonais pourrait aussi être tenu pour une langue flexionnelle. Ainsi le verbe 来る est méconnaissables selon les affixes: くる・こない・きた. Seul à l'oral reste la consonne /k/ à l'attaque du mot.
La frontière devient aussi diffile à déterminer lorsque la forme de la conjugaison aussi varie, en m^eme temps que celle du radical. Typiquement, on décompose la forme orale /nomu/ ainsi: radical /nom/ et conjugaison /u/. Mais ce m^eme radical prendra la forme /non/ devant la conjugaison /ta/ qui elle m^eme se vocalise alors en /da/: /nonda/. De telle sorte que radical et conjugaison semblent s'influencer mutuellement pour ce qui est de la forme.


2006
© R.BLIN