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Emprunts chinois dans les langues en contact (ECLEC)

RAPPORT D’ACTIVITÉ 2001-2005

  • Responsable: L. Sagart.

  • Participants au CRLAO : Françoise Bottéro, Michel Ferlus, François Dell, Lee Yeon-ju, Barbara Niederer, Alain Peyraube, Laurent Sagart.

1. Buts et historique

Créée en Mai 1996, l’opération emprunts chinois dans les langues en contact (ECLEC) s'est donné pour but l’étude des emprunts chinois dans les langues avoisinantes. Dans un premier temps (1996-1999) l'activité de l'opération a été centrée autour de la création d'une base de données. Entre 1999 et 2002 un échange bilatéral avec l'institut des minorités de l'académie des sciences sociales de Chine a mobilisé les énergies. Dans une troisième période (2002-2004) des chercheurs de cet institut ont effectué des stages au CRLAO tandis que des doctorants et chercheurs français ont vu leur séjour sur le terrain en Chine facilité. Enfin, (2004-2005) l'opération s'achèvera sur la publication d'un volume franco-chinois de contributions des chercheurs ayant participé à l'opération.

2. Participants  extérieurs

Initialement crée autour de sept membres du laboratoire, l'opération a rapidement attiré des doctorants, post-doctorants, enseignants ou chercheurs, notamment coréens et chinois: MM. Guillaume JACQUES, CUI Jian-xin et LAN Qingyuan ainsi que Mmes ZENG Xiao-yu et XU Shixuan, qui tous ont étudié la stratification des emprunts chinois dans une langue particulière et/ou ont alimenté la base de données ECLEC. Dans un cas (M. JACQUES) ce sont les emprunts tibétains dont la stratification dans une autre langue a été étudiée. Le tableau suivant retrace les principales collaborations extérieures :

Nom, affiliation, dates, langue :

M. CUI Jianxin, MC à l'université Nankai de Tianjin, Chine, 1996-1998, jin

Mme LEE Yeon-ju, post-doc coréenne après son PhD à Taiwan, 1997-1998, bai

Mme ZENG Xiaoyu, professeur de linguistique à l'université Nankai, Chine, 2001, shui

Mme XU Shixuan, chercheur à l'institut des minorités, Académie des sciences sociales de Chine, 1999-2000, hani
et juillet-octobre 2004, tujia

M. LAN Qingyuan, Sept 2003-Avril 2004, lakkia

M. Guillaume  JACQUES, doctorant Paris 7, 2002-2004, Gyarong

2.1. Echanges bilatéraux

Dans le cadre de l'accord CNRS-CASS, un programme bilatéral sur les emprunts chinois a été réalisé entre notre opération au CRLAO et l'Institut des minorités de la CASS. Les responsables en étaient Laurent SAGART et SUN Hongkai. Les échanges entre les deux labos ont été de 6 mois-chercheurs sur trois ans, 2000-2002 :

2000: Xu Shixuan, L. Sagart (emprunts chinois en hani)

2001: M. Sun Hongkai (emprunts chinois en Qiang), Mme Barbara Niederer (terrain sur des langues Miao-Yao)

2002: M. Huang Xing (emprunts chinois en Yao); M. Sagart (emprunts chinois en Yao; terrain sur le Tujia dans l'ouest du Hunan).

3. Resultats

3.1. Méthodologie

 L'acquis principal de l'opération est méthodologique. La méthodologie élaborée postule que lorsqu'une langue fait un grand nombre d'emprunts à une autre, des correspondances phonétiques récurrentes s'observent. Le principe classique selon lequel les régularités phonétiques ne s'observent qu'entre mots apparentés n'est donc applicable que dans des régions où les emprunts sont rares : l'absence de régularité phonétique dans les emprunts entre langues indo-européennes est dû à leur petit nombre plus qu'au fait qu'il s'agisse d'emprunts.

Les langues en contact avec le chinois ont typiquement plusieurs couches d'emprunts superposées qui correspondent à des épisodes de contact avec différentes variétés de chinois à des époques différentes. Trouver la stratification de ces emprunts, c'est identifier les correspondances phonétiques qui caractérisent chaque couche. L'identification de ces correspondances s'effectue au moyen du principe de cohérence:

- The initial, rhyme and tone correspondences on a borrowed syllabic morpheme obey the same set of correspondences (Sagart et Xu 2001).

L'efficacité de ce principe est démultipliée par le principe de cohérence étendu, découvert et appliqué pour la première fois par Mme LEE vers 1997 :

-The initial, rhyme and tone correspondences on all syllables of one borrowed polysyllabic morpheme obey the same set of correspondences, provided the morpheme is semantically noncompositional (Sagart et Xu 2001).

Ce principe permet d'utiliser les polysyllabes (principalement les dissyllables) pour identifier plus facilement les couches d'emprunts les plus récentes (les plus anciennes comptent peu de polysysllabes). La datation des couches s'effectue à partir du vocabulaire culturel et technique qu'elles contiennet, par exemple une couche comprenant le mot "pomme de terre" ne peut pas être antérieure à 1750. Le principe étendu a été amélioré par M. LAN Qingyuan qui a précisé la nature des exceptions.

Grâce à ces deux principes des histoires détaillées des contacts entre le chinois et diverses autres langues ont été écrites, qui ont aussi éclairé l'histoire phonologique des langues en question.

3.2. Base de données

La base de données créée sous Mariama a permis de créer 5 dictionnaires d'emprunts (She, Jin, Bai, Hani, Shui) reliés dans une base relationnelle. Cependant, la difficulté d'apprentissage de ce logiciel, le manque de documentation ainsi que les limitations touchant aux polices ont fait que lorsque l'excellent étudiant vacataire chargé de l'entrée des données et de la gestion de la base a dû s'arrêter pour entreprendre sa thèse, il n'a pas été possible de trouver un étudiant suffisament formé pour le remplacer. De plus, comme les collègues de l'Académie des Sciences Sociales de Chine, qui emploient des polices phonétiques maison, avaient déjà leurs données sous ces polices, les travaux sur le shui, le lakkja et le tujia n'ont pas donné lieu à des dictionnaires sous Mariama.

Telle qu'elle est, la base reste néanmoins un outil utile même s'il est limité.

3.3. Publications, communications

Jacques, G. 2003. A preliminary study of Tibetan loanwords and cognates in Japhug rGyalrong, communication au 9th Himalayan languages symposium, 9-12 Décembre 2003, Mysore, Inde.

Huang Xing (2004) A connecting method for distinguishing the layers of Chinese loanwords. Minzu Yuwen 2004, 5.

Niederer, B. 2003. Chinese loans in Changpaoyao. Communication à la 3ème Conférence de l'Association européenne de linguistique chinoise, Gand, 7-10 Sept 2003.

Sagart, L. et Lee Yeon-ju,1998.The strata of Bai. Communication à la 19ème conférence sur les langues et la linguistique sino-tibétaines, Lund (Suède), 1-4 Octobre 1998.

Sagart, L. et Xu Shixuan (2001) History through loanwords : the loan correspondences between Hani and Chinese. Cahiers de Linguistique Asie Orientale 30, 1 :3-54.

Sagart, L. et Xu Shixuan (2002) Hani yu zhong Hanyu jieci de lishi cengci. Zhongguo Yuwen 2002, 1: 55-65.

Sagart, L. (2003) The stratification of Mandarin loanwords into Hani. Communication au Workshop on the stratification of loanwords. Language Engineering Laboratory, City University of Hongkong, 25 Novembre 2003.

Zeng, Xiaoyu (2003) Recent and modern Chinese loanwords in Shui. Yuyan Yanjiu 23, 2: 115-121.

3.4. Volume en préparation.

Un volume franco-chinois de contributions par des chercheurs ayant participé a l'opération est en cours. Il est dirigé par MM. G. Jacques pour la partie française et par LAN Qingyuan pour la partie chinoise. L'éditeur shanghaien Shangwu publiera le volume, vraisemblablement en 2007.  VOIR LE SOMMAIRE.

3.5. Impact

L'impact de l'opération a été important en Chine, et plus particulièrement auprès des chercheurs de l'Institut des minorités de l'Académie des Sciences Sociales de Chine qui sont la principale institution chinoise en matière de langues non chinoises de Chine. Une partie importante de notre activité a été de former ces chercheurs au cours de leurs séjours en France. Ils nous en sont reconnaissants, reconnaissent l'importance des savoirs pratiques et théoriques que nous leur avons transmis, et nous citent (en général) dan leurs publications. Ceci nous met en excellente position pour faciliter l'accès du terrain à nos chercheurs (Niederer, Sagart) ainsi qu'à des doctorants français (Jacques, Michaud), et pour rester en pointe dans le domaine. Nul doute que le volume en préparation amplifiera encore l'impact de notre opération et le rayonnement de notre laboratoire en Chine.

4. Développements futurs

Nous pensons fermer l'opération ECLEC fin 2005 afin de lancer une nouvelle opération sur un autre thème (LIEN). Cependant la fin de l'opération ne signifiera pas l'arrêt des recherches sur la stratification des emprunts. Il s'agit d'un paradigme nouveau et très profitable en diachronie, car il permet d'éclairer non seulement l'histoire des contacts entre langues mais aussi l'histoire de la langue donneuse et de la langue cible. En particulier l'étude des emprunts chinois en tujia par Xu et Sagart sera poursuivie et intégrée à une monographie sur l'histoire de cette langue tibéto-birmane d'affiliation encore incertaine. Nous pensons que des collègues chinois continueront également dans cette voie.

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